À la grace de Dieu

AFFICHE A LA GRACE DE DIEU
Damien Odoul
1h13
France

Damien Odoul, accompagné du commissaire d'exposition Simon Njami, parcourt Kinshasa à la recherche d'un artiste affranchi de toutes les conventions. Tel un carnet de voyage documentaire, À la grâce de Dieu interroge ce que signifie être artiste aujourd'hui et célèbre les formes les plus libres, inattendues et vitales de la création.

« Étant sur le point de mettre un terme à ce long cycle cinématographique ouvert par mes soins il y a 37 ans, le regardeur doit avoir à l’esprit concernant cet ultime opus que je ne suis plus un cinéaste singulier, mais un homme qui bifurque, qui s’apprête à ne plus filmer ni même enregistrer aucun signe des temps. Devant l’écran de la salle de montage, je deviens peu à peu la voix de David, mais cette « voix intérieure » n’est plus la mienne. La véritable voix du cinéaste rejoint l’artiste-brut-son-double, celui qui n’a rien à faire de ce que les autres peuvent penser à propos de ce qu’il fait, de ce qu’il est. Au commencement, David -qui a combattu durant la guerre du Kivu à la frontière rwandaise- est en train de dessiner sur un large trottoir. Il ne sait pas qu’il est artiste brut à l’exhaustive mythologie personnelle. De cette violence endémique qu’il a expérimentée surgit une violence créatrice au cœur de son isolement d’errant, à la rue. Il dort sur une tombe dans un cimetière ou bien somnole durant des heures sur le banc d’un abribus dans une extrême chaleur humide. Seul, il ne fait bien entendu appel à personne. Tous les liens familiaux sont coupés. Toute communication sociale est abrogée. Il ne lui reste que cette exaltation mentale dans laquelle, la nuit venue, il dessine à sa guise sur une avenue désertée telle un vaste atelier à ciel ouvert. Il libère ses instincts avec des bouts de plâtre ou une craie lorsqu’il en trouve. Exclu de l’oblongue société du spectacle, il est pourrait-on dire un « néo-damné de la Terre », sans étiquette, inclassable. Mais cet artiste singulier d’un brut absolu est en voie de disparition. Sa voix n’est plus audible. D’ailleurs, dans la réalité, le peu de mots qu’il prononce sont imperceptibles. 

Au fil de l’espace, j’ai incorporé cette non-rencontre avec mon doppelgänger, mais je me demande parfois si je n’ai pas rêvé ce voyage.  Durant cette dernière année et ses moments ardus et rudes, j’ai entrepris sans le vouloir un dévoilement de la fin de ma pratique qui commence à porter ses fruits. En dehors de l’industrie lourde de l’art en général, et ceux de « l’art comptant pour rien » qui trafiquent sur le dos des « brutistes », il reste ce David-ci. Sans bruit, il révèle un secret. Sans souci de prestige. Solitude qui l’emporte. David n’est plus seul à présent. Je l’accompagne. » Damien Odoul

Damien Odoul

Damien Odoul

 Le cinéaste Damien Odoul a écrit et réalisé dix longs-métrages sélectionnés dans de prestigieux festivals (Quinzaine des réalisateurs, Toronto, Berlinale…) et récompensé par le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise en 2001 puis le Prix Jean Vigo en 2015. Dans la continuité de plusieurs documentaires de création ainsi que de nombreuses vidéos d’art, il réalise son onzième court-métrage, Cet enfant-là. Son ultime opus A la grâce de dieu conclut trente-huit années de pratique cinématographique, que la Cinémathèque française mettra à l'honneur lors d'une rétrospective intégrale du 21 au 29 octobre.

Filmographie: 

2021 Théo et les Métamorphoses

2014 La Peur

2012 La Richesse du Loup

2006 L’histoire de Richard O.

2003 Après nous le déluge

2002 Errance

2000 Le Souffle

1992 Morasseix

Image: 
Jean-Marie Delorme, Damien Odoul
Montage: 
Camille Rolin, Damien Odoul
Production: 
Daniel Klein
Interprétation: 
Simon Njami, David « l’artiste brut »
Contact(s): 

Distribution | Véo | Jean-Pierre Villa | www.veoprog.fr

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